« J'ai envie d'aller voir les lucioles »

Comme la plupart des gros titres publiés dernièrement par Pika, Suzuka fait partie des séries passées en prépublication dans feu Shônen Collection. Depuis la fin du volume précédent, nous avions dépassé le stade où en était rendue l’histoire. Ce tome 5 peut donc être considéré comme un véritable inédit. Que peut-on dire aujourd’hui de ce titre longtemps comparé à Love Hina ? J’ai personnellement parfois regretté les choix éditoriaux de Pika, souvent opportunistes, mais il est intéressant de noter que ces choix ont permis d’installer un certain nombre de nouveaux manga sur le marché français de façon pérenne là où d’autres grands noms de l’édition se sont cassés les dents avec des titres pourtant beaucoup plus attendus (voir l’article sur la marché du manga en crise dans le numéro 138 d’Animeland). Suzuka en est-il pour autant un clone de Love Hina et l’éditeur cherche-t-il à reproduire le phénoménal succès du titre de Ken Akamatsu ?

Reproduire le succès de Love Hina serait une aubaine mais les conditions du marché ont bien changé depuis 2001 et, bien que Suzuka soit un titre vendeur, le nombre de ventes n’est pas comparable. En revanche, il ne s’agit pas d’un clone de Love Hina. Certes, la trame narrative principale se déroule dans une pension pour filles ou un jeune garçon de la campagne débarque pour poursuivre ses études. Certes, des bains sont également présents, que le jeune garçon est chargé d’entretenir. Certes, de jeunes étudiantes aux formes voluptueuses et fines amatrices de sake habitent également les chambres de la pension. Mais la comparaison s’arrête là. Là où Love Hina était un manga presque entièrement basé sur le grotesque des situations sadiques dans lesquelles se retrouvait son personnage principal, Suzuka s’en détache radicalement en proposant une trame narrative résolument réaliste et romantique.

Suzuka est une jeune athlète prometteuse d’un lycée de Tôkyô. Un beau jour de printemps, alors qu’il est sur le chemin vers la pension pour filles de sa tante, Yamato aperçoit Suzuka qui s’entraîne au saut en hauteur sur le terrain d’athlétisme. Charmé par cette vision, Yamato poursuit tout de même sa route jusque chez sa tante et quelle ne sera pas sa surprise quand il verra que Suzuka habite la chambre voisine de la sienne. Celle dont il est immédiatement tombé amoureux est là à sa portée. Mais c’était sans compter sur ses nombreuses gaffes, les quiproquos propres au genre et surtout la jeune Honoka…

Vous l’aurez compris, la situation de base de ce manga n’est pas à vraiment parler bourrée d’originalité. Cependant, Suzuka gagne à être connue, qu’il s’agisse du personnage ou du manga. En effet, là où Love Hina peinait parfois à trouver un second souffle et multipliait les gags tous aussi gros les uns que les autres, Kouji Seo, l’auteur de Suzuka, a su orienter son titre vers des sujets plus concrets. Yamato n’est pas très doué, voire empoté, mais sa naïveté mélangée à la timidité de Suzuka rend très souvent les situations touchantes et romantiques. Servie par un dessin de qualité, très clair et collant parfaitement à l’univers narratif, l’histoire du manga ne tarde pas à prendre de la profondeur, bien que je ne puisse pas trop m’étendre ici sans vous révéler une partie importante de l’histoire.

Certes, Suzuka et Yamato partagent un je-t’aime-moi-non-plus indissociable du genre. Toutefois, si l’on compare ce manga à un autre titre Pika, à savoir Bleu Indigo – Ai Yori Aoshi, Suzuka évite l’écueil de la niaiserie dans lequel tombait systématiquement son prédécesseur dessiné par Kou Fumizuki. Touchant et romantique, comme je l’ai dit plus haut, ce manga est à même de toucher le plus grand nombre, les filles bien sûr, mais aussi ceux qui n’ont pas peur de se prendre au jeu. Succès à suivre !

Chronique publiée le 24 février 2008
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