« On a pas toujours la chance d'avoir 17 ans. »

Connaissez-vous GTO ? Très probablement. Connaissez-vous Tôru Fujisawa, son créateur ? Très probablement, aussi. Et pourtant, ce mangaka très populaire en France n’avait publié jusqu’en 2004 que deux manga sur notre territoire par l’intermédiaire de Pika, deux oeuvres de qualités inégales mais liés par leur personnage principal, Eikichi Onizuka. Tous deux se passent dans l’univers collégien japonais à deux époques différentes (dans Shônan Junai Gumi Onizuka est collégien et dans GTO il est enseignant d’un collège). Il est important de noter d’ailleurs que les deux titres n’existent sous la bannière GTO que par la volonté de l’éditeur Pika. Bien que Shônan Junai Gumi n’ait pas d’autre lien avec GTO que son personnage principal et ait été publié au Japon plusieurs années avant GTO, l’éditeur français a décidé de faire suivre le nom du manga de l’appellation Young GTO (en référence à la jeunesse du Great Teacher Onizuka).Alors que Pika lançait son magazine de prépublication feu Shônen Collection, l’éditeur profita de sa collaboration avec l’éditeur Kodansha pour obtenir les droits des deux nouvelles séries de Tôru Fujisawa : Rose Hip Rose et Tokkô. On aurait pu croire que l’univers narratif de l’auteur se limitait au portail du collège, mais il n’en ait rien. Ces deux manga nous arrivent désormais en version reliée et n’ont que peu de points communs avec leurs prédécesseurs. Intéressons-nous à Rose Hip Rose, Tokkô faisant l’objet d’une autre chronique.

Pour ceux d’entre vous qui avaient suivi assidûment les sorties mensuelles de Shônen Collection, ce premier volume ne vous apprendra rien de plus puisqu’il se termine à l’endroit exact où s’était arrêtée la prépublication. Pour les autres, voici un rapide résumé.

Shôhei Aiba est un lycéen moyen de Tôkyô qui essaie de se faire un peu d’argent de poche en vendant sur internet des photos perverses de sous-vêtements des jeunes étudiantes. Un matin, alors qu’il pense avoir trouvé sa nouvelle proie, il fait la rencontre surprenante de Kasumi Asakura qui va changer sa vie. En effet, cette jeune fille de dix sept ans cache d’exceptionnelles capacités que je vous laisserai les soin de découvrir par vous-mêmes. Tout irait bien jusque là et on pourrait presque se retrouver face à un manga sentimental classique, mais c’était sans compter sur l’apparition des personnages de Rose Hip, aussi appelée No Murder Angel (assez mal traduit selon moi par l’Ange Non Exterminateur), et du Bélier.

Lorsque l’on parcourt les premières pages de ce manga, on ne peut que s’imaginer revenir dans la classe d’Onizuka tant le trait de Fujisawa est reconnaissable et subtilement saupoudré de fan service. Mais les feuillets suivants auront tôt fait de nous dissuader de cette évidence. Comme nous le verrons dans la chronique consacrée à Tokkô, Rose Hip Rose est une transition très intéressante vers le nouveau style de manga que nous présente l’auteur. Sur fond de terrorisme et de conspiration, le titre crée une relation intéressante et ambiguë entre Aiba et Asakura, flirtant avec le je-t’aime-moi-non-plus qu’affectionnent souvent les mangaka. La trame de fond reste cependant plus matûre et moins humoristique que celle de GTO et montre clairement une évolution dans la narration de Tôru Fujisawa.

Il est trop tôt pour savoir aujourd’hui si oui ou non ce choix se maintiendra au-delà de la phase d’introduction que forme ce premier volume, mais il apparaît clair que nous ne sommes pas face à une suite spirituelle de GTO, comme ce dernier pouvait l’être pour Shônan Junai Gumi. Rose Hip Rose est un titre réellement original et mérite l’investissement, pour les néophytes comme pour les amateurs.

Chronique publiée le 24 février 2008
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