Dernièrement, plusieurs éditeurs ont publié différentes éditions qualifiées de collector, pour la plupart des rééditions de manga déjà bien vendeurs. S’agit-il là d’un signe d’un ralentissement du marché, d’un réel hommage aux œuvres ayant marqué le lectorat français ou d’un nouveau piège à fans ? Plusieurs cas sont à considérer avec des perspectives bien différentes.

Dragon Ball : L’Edition Ultime … jusqu’à la prochaine (Glénat)

Si nous disposons aujourd’hui chez tout nos libraires préférés d’une édition de qualité en sens de lecture original de l’œuvre d’Akira Toriyama, il n’en a pas été toujours de la sorte. En effet, cette « ultime » version (comprendre la dernière en date) fait suite à trois autres de qualités certes croissantes mais toutes bien en deçà de l’actuelle. Après une première censurée et traduite dans la précipitation, les éditions suivantes ont tenté de corriger le tir, notamment grâce à la version en volumes doubles.

L’édition en coffret double publiée depuis juin 2003 coïncide avec les 20 ans du manga et constitue la version la plus fidèle à l’original. Elle était tout à fait justifiée au vu du travail précédent mais pourquoi donc avoir sorti des éditions moins réussies précédemment ? Tout simplement parce que Dragon Ball est un titre vendeur et qu’en l’espace de vingt ans, réactualiser la série dans des formats différents a permis de s’adapter aux nouvelles contraintes du marché et aux nouveaux publics. Certes les fans de la première heures ont pu redécouvrir leur série fétiche, mais les nouveaux lecteurs qui n’avaient peut-être jamais entendu parler de Dragon Ball ou de Son Goku ont pu prendre le train en marche, car qui dit « nouvelle édition remasterisée » dit également « campagne de promotion ».

Il y a donc fort à parier que cette édition « ultime » ne sera pas la dernière. Est-ce pour autant un mauvais plan ? Oui et non. Si vous disposez déjà d’une des éditions précédentes, notamment la version en volumes doubles, l’acquisition de cette nouvelle série de 21 coffrets (soit 42 tomes !) n’est absolument pas nécessaire. En revanche, si vous ne connaissez pas encore le manga d’Akira Toriyama, il serait dommage de commencer votre lecture du mythe par une autre version de qualité moindre.

Le cas Tsukasa Hojô (Panini Comics)

S’il est une histoire qui a fait vibrer le monde du manga ces dernières années, c’est bien « l’affaire Tsukasa Hojô« . Que se cache-t-il derrière cette appellation tragique et qu’a donc bien pu faire l’auteur de City Hunter et de Cat’s Eye pour mériter ça ?

Chose rare, en 2002, Tsukasa Hojô décide de racheter les droits de ses manga et de s’occuper lui-même de leur gestion. L’auteur décide alors de ne plus travailler qu’avec un seul éditeur par pays où il est représenté. Conséquence pour le marché français, à l’époque City Hunter était édité par feu J’ai Lu et F.Compo par Tonkam notamment, une bataille pour racheter l’ensemble des droits s’engage entre différents acteurs du marché et c’est finalement Panini Comics qui remporte la partie. La judicieuse décision est alors prise de relancer directement les titres de Tsukasa Hojô en commençant par City Hunter en version « Deluxe » (qui sera suivi en 2008 par Cat’s Eye) sans passer par une possible édition standard intermédiaire. Malgré un prix élevé, ces éditions sont d’une qualité bien supérieure aux précédentes et méritent l’investissement.

Tonkam et Masakazu Katsura : Les coffrets pour fans

Dernier cas de figure des rééditions collector manga : Masakazu Katsura et son éditeur attitré en France : Tonkam. En 2002 paraissait l’édition de luxe de Video Girl Aï en neuf volumes de qualité supérieure. En 2007, nous voyons arriver discrètement sur le marché la réédition d’Ïs, en version réhaussée intitulée Ïs Perfect.

L’argument marketing principal concernant ces deux « nouveaux » manga est simple : un papier plus blanc, un format plus grand et une traduction plus fidèle. Le constat est là : les premières versions que nous avons eu à notre disposition étaient donc : sur un papier bas de gamme (comme chez beaucoup d’autres éditeurs, il n’est pas rare de pouvoir lire les pages suivantes à travers celle que l’on regarde), dans un format de poche (format manga standard) et avec une traduction faite à la va-vite (accompagnée des si précieuses fautes de frappe).

Si vous disposez déjà des éditions orginales, passez votre chemin, les versions collector ne vous apporteront que peu d’éléments supplémentaires si ce n’est un confort de lecture. Comme toujours les nouveaux lecteurs ont intérêt à commencer par ces éditions-là, notamment pour Video Girl Aï qui mérite son traitement de luxe.

Conclusion

Pourquoi donc les éditeurs s’acharnent-ils à ressortir de vieux titres remis au goût du jour ? Toutes les raisons que je pourrais invoquer ici sont évidemment liées à la structure du marché français. Là où presque une centaine de nouveaux volumes sont édités chaque mois, il est difficile de lancer un manga et les investissements liés à une nouvelle licence peuvent être très importants. Il va de soi qu’éditer une version améliorée d’un titre inconnu est d’autant plus dangereux pour un éditeur que les chances de percer sont de plus en plus rares.

Quel est donc l’intérêt pour un éditeur de publier ce genre de volumes sur un marché de plus en plus restreint ? A priori, sur un marché français qui tend vers la saturation* un peu plus chaque année, rééditer une série à succès permet aux éditeurs de générer des revenus supplémentaires quasiment assurés. Ces volumes sont généralement édités une seule fois et sont vendus deux voire trois fois le prix d’un manga normal, les marges des éditeurs sont également plus importantes bien que non proportionnelles (le coût de revient de ces éditions étant bien supérieur).

* Le nombre de volumes publiés augmente mais le nombre de lecteurs stagne. Les budgets par lecteur et par éditeur diminuent par conséquent.

Chronique publiée le 08 juin 2008
par