« Bon ! Je vais faire un tour dans le quartier. »

L’Homme qui marche est ma quatrième incursion dans l’univers de Jirô Taniguchi après Le sommet des Dieux, Le Journal de mon Père et Quartier Lointain. Beaucoup plus évocateur que véritablement narratif, ce titre nous entraîne dans les longues balades d’un japonais particulièrement observateur et contemplatif. Fraîchement arrivé dans son nouveau quartier avec sa femme, cet homme va parcourir ce nouvel environnement qui s’offre à lui et nous en donne une vision simple et authentique. Loin des clichés de la société japonaise hyper stressée où seuls le travail et le dépassement de soi comptent, L’Homme qui marche, qui n’a d’ailleurs pas de nom dans le récit, parcourt tout simplement les ruelles de son quartier parfois même sans dire un mot de tout un chapitre.

N’allez pourtant pas croire que l’aspect narratif de L’Homme qui marche est inexistant. Tous les chapitres ont un lien entre eux, mais l’histoire qu’ils racontent n’a d’exceptionnel que son caractère banal et commun. Ce manga réussit l’exploit peu fréquent de nous montrer que le fond véritable de nos existences, leur sens, est bien là, caché sous une forme que l’on trouve si morose. L’Homme qui marche nous apprend en définitive que chaque chose, chaque objet, chaque personne suffit à faire de chaque jour un nouveau jour, différent du précédent et pourtant toujours semblable à tous les autres.

Le trait de Jirô Taniguchi trouve dans ce titre sa plus belle expression, simple et authentique comme le parcours offert à nos yeux. Sans fioriture, sans grande élancée graphique, L’Homme qui marche s’illustre par sa modestie, loin d’un Bleach, d’un One Piece ou encore d’un Shaman King. Place au sens, place à l’image, place à l’évocation, place au souvenir, place aux sensations, place au vrai. Tel un haiku, ce manga tente de nous offrir une vision subjective, pure et spirituelle d’instants de nos vies que l’on ne prend plus le temps d’apprécier. Vous aussi arrêtez-vous un moment sur le bord de la route et entrez dans le monde de L’Homme qui marche.

Chronique publiée le 07 avril 2006
par