« Tu ne serais pas mon père par hasard ? »

Si Jirô Taniguchi est aujourd’hui un mangaka reconnu, il le doit principalement à des titres comme Quartier Lointain ou encore Le Sommet des Dieux pour lesquels il a été récompensé à deux reprises par le Festival International de Bande-Dessinée d’Angoulême. Publié principalement par l’éditeur Casterman et son label Ecritures, ce nouvel élément de la bibliographie du maître ne fait pas exception mais intègre la collection Sakka. Arborant une magnifique couverture orange illustrant le personnage principal, ce one-shot gros de 334 pages reste démontre une nouvelle fois toutes les qualités narratives et visuelles de Taniguchi. A priori, un manga dans la plus pure tradition de son créateur. Et pourtant…Dès la lecture de la première page, un des thèmes de prédilection de Taniguchi, l’alpinisme, vient nous rappeler à qui nous devons cette histoire. Les mauvaises langues diront « encore un manga sur la montagne » et elles auront tort. Certes, la scène d’introduction se situe dans les Alpes japonaises. On y voit le protagoniste principal, Shiga, grimper avec une lourde charge sur le dos pour atteindre le refuge dont il a la charge. Cependant, ce passage champêtre n’est qu’un prétexte pour amener la trame centrale du récit qui se situe à … Shinjuku, en plein Tôkyô.

Petit résumé. Shiga et Sakamoto sont deux amis alpinistes. De nombreuses montées les ont rapprochés, mais un jour Sakamoto rencontre Yoriko, sa future femme à qui il promet d’arrêter l’alpinisme. Pour mettre un terme en beauté à sa carrière, il décide de partir pour un haut sommet de l’Himalaya et propose à Shiga de l’accompagner mais ce dernier décline l’offre. Par malheur, Sakamoto meurt durant cette dernière montée et confie sa fille Megumi et sa femme à son ami grâce à un écrit laissé dans son carnet de route. Le temps passe. Shiga reste proche de Megumi et de sa mère. Et voilà qu’un jour funeste, Megumi disparaît et sa mère appelle Shiga à la rescousse pour la retrouver. Le Sauveteur endosse sa cape et va alors commencer son enquête.

Si ce scénario de base reste dans la lignée des précédentes ?uvres de Taniguchi, c’est principalement pour ne pas choquer un lectorat habitué à des titres plus conventionnels. En effet, l’action du récit se situe à Shinjuku, un des quartiers notoirement mal famés de Tôkyô. Fidèle à son habitude, Taniguchi narre et dessine avec précision les comportements et les attitudes des personnages qui peuplent son récit. Une telle exactitude illustre la minutie du travail de recherche que fournit l’auteur. Si ce manga surprend dans l’audace dont peut faire preuve son créateur, il n’en reste pas moins extrêmement bien construit et très prenant. Le personnage de Shiga dégage un charisme qui n’est pas sans rappeler celui d’Habu Jôji du Sommet des Dieux. Sans parler du final digne d’un blockbuster américain.

Vous l’aurez compris, je vous recommande chaudement ce titre, que vous soyez des habitués de l’univers de Taniguchi ou des néophytes. Savant mélange de City Hunter (l’humour potache en moins) et du Sommet des Dieux, Le Sauveteur pourrait bien vous séduire autant que moi.

Chronique publiée le 23 juin 2007
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